Offrir la musique en partage aux nouveaux arrivants

Le Devoir | Isabelle Peretz, Fidaa Akrout, Dawn Merrett, Hsun-Yi Liao et Isabelle Héroux | Publié le 14 juillet

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Isabelle Héroux, guitariste classique et professeure en enseignement de la musique au Département de musique a participé à la rédaction de cet article.

Le Devoir vous invite sur les chemins de traverse de la vie universitaire. Une proposition à la fois savante et intime, à cueillir tout l’été comme une carte postale. Aujourd’hui, on vous emmène chanter — en français ! — avec des immigrants. 

Le Canada aime se penser accueillant, mais ses méthodes actuelles d’intégration peinent à créer de vrais liens. Apprendre une nouvelle langue, se sentir inclus dans une société inconnue, retrouver confiance : autant de défis auxquels les personnes immigrantes font face chaque jour. Et si chanter ensemble devenait un véritable outil d’intégration ?

C’est l’idée au cœur de notre projet : utiliser le chant choral — une activité simple, amusante et efficace — pour favoriser l’apprentissage du français, créer un sentiment d’appartenance et améliorer le bien-être.

Une première étude scientifique

Depuis 2022, nous recueillons des données rigoureuses à Montréal pour tester cette idée sur le terrain. Nos études forment une première démonstration empirique du potentiel du chant choral dans l’intégration des personnes immigrantes.

Notre étude a débuté à Montréal à l’automne 2023. Elle a évalué les effets de huit semaines de participation à une chorale francophone sur trois dimensions clés : l’acquisition du français, la qualité du lien social et le bien-être émotionnel. Une vingtaine de nouveaux arrivants ont été affectés à un groupe choral dirigé par Tiphaine Legrand à l’École préparatoire de musique de l’UQAM. En parallèle, une vingtaine d’autres ont intégré un groupe témoin en attente. Chaque semaine, la chorale se réunissait pendant deux heures pour chanter en français, échanger sur les paroles, s’exercer à la prononciation et partager une pause conviviale.

Dans cette étude menée en deux temps, plus de 60 participants issus de 14 pays (Ukraine, Iran, Chine, Colombie, etc.) ont été évalués avant et après la période de huit semaines grâce à des outils validés scientifiquement, incluant des tests de langage, de sentiment d’appartenance et d’humeur.

Apprendre le français en chantant

Les résultats montrent des effets positifs et convergents. Les participants à la chorale rapportent une nette amélioration de leurs compétences en français, notamment en compréhension et à l’oral. Les progrès sont visibles aussi dans les évaluations objectives : après huit semaines, les choristes produisent davantage de mots en français lors de tâches spontanées de description d’images.

Cela témoigne d’une aisance accrue, d’un vocabulaire enrichi et d’une plus grande confiance dans l’usage quotidien du français.

Mais ce n’est pas tout. Le sentiment d’appartenance au groupe augmente de façon significative. Les participants décrivent la chorale comme une « minisociété », un lieu d’échanges bienveillants où les barrières culturelles s’estompent. Plusieurs s’y font des amis, échangent des coordonnées, s’encouragent à parler en français, même durant les pauses.

Un antidote à l’isolement

Là où certains programmes d’intégration échouent à créer des liens, le chant crée naturellement des connexions. Sans pression ni compétition, la chorale devient un espace de répit et de partage.

Les effets positifs s’observent, quel que soit le niveau initial de français, ce qui rend cette pratique particulièrement inclusive. Et grâce aux outils numériques, comme la transcription vocale automatisée, les progrès peuvent être suivis sans recourir à des évaluateurs experts, ce qui la rend simple à déployer à plus grande échelle.

Avec ces résultats en main, nous souhaitons aller plus loin. Un essai contrôlé randomisé est en cours, incluant des groupes témoins actifs (par exemple, théâtre ou conversation) pour comparer l’effet du chant dans d’autres activités culturelles.

Une politique d’accueil innovante

Offrir la musique en partage aux nouveaux arrivants, c’est bien plus que leur apprendre une chanson. C’est leur offrir une voix, une place, un espace où l’on se sent écouté et soutenu. C’est leur donner les moyens de s’exprimer, de tisser des liens et de bâtir leur avenir dans une nouvelle langue, une nouvelle culture.

Ainsi, chanter, danser, musiquer ensemble a le potentiel de transformer l’intégration culturelle et linguistique de milliers d’immigrants chaque année, rien qu’au Québec.

À l’heure où le Québec revoit ses politiques de francisation et que le Canada cherche des solutions humaines pour mieux accueillir ses nouveaux citoyens, le chant collectif se présente comme un outil innovant, accessible et fondé sur des preuves.

Au Département de musique de l’UQAM, près de 300 étudiantes et étudiants aux 3 cycles orchestrent leur avenir par l’acquisition des meilleures notions qui soient, prodiguées avec grande expertise par un corps professoral dévoué et connecté au milieu. Au programme : musique populaire et classique, enseignement, études et pratiques des arts, musique de film.

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