Donner de la visibilité aux femmes dans la musique québécoise

La professeure Vanessa Blais-Tremblay a fait l'objet du dossier "Le leadership au féminin" paru dans Le Devoir dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes le 8 mars 2026. Elle y présente le réseau D!G et l'importance de la recherche partenariale pour favoriser l'équité, la diversité et l'inclusion dans l'industrie de la musique québécoise. 

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Offert en français depuis deux ans, l’annuaire de Women in Music Canada permet de repérer des artistes et des professionnelles de l’industrie musicale aux quatre coins du Québec. Un outil précieux pour favoriser la parité dans un secteur où les femmes — créatrices, interprètes ou techniciennes — peinent encore à accéder aux mêmes occasions que les hommes et à avoir une visibilité équitable.

Au Québec, comme ailleurs au Canada, l’industrie musicale repose largement sur le bouche-à-oreille et des réseaux informels fondés sur les contacts et les collaborations. Si cette dynamique favorise la proximité et la confiance, elle tend aussi à reconduire les mêmes cercles d’influence et à limiter l’accès aux talents moins visibles issus de groupes sous-représentés. Les occasions se concentrent au sein d’un nombre restreint d’acteurs, ce qui rend difficile l’émergence de nouvelles voix et de profils variés. C’est dans ce contexte qu’est née l’idée d’un répertoire entièrement féminin, conçu pour briser l’entre-soi et encourager des connexions professionnelles plus diversifiées au sein du milieu musical.

Le projet a d’abord été porté par le regroupement Facebook Femmes en musique, sous la forme d’une base de données Excel recensant des contacts et des numéros de téléphone. Créé en 2021, le réseau de recherche-action DIG ! (Différences et inégalités de genre dans la musique au Québec) a pris le relais en mettant sur pied un groupe de travail chargé de structurer l’initiative et de la rendre plus facilement accessible. De cette démarche est né un partenariat avec l’OBNL Women in Music Canada, déjà à l’origine d’un répertoire anglophone. L’objectif : proposer une version française de ce même bottin et l’enrichir des réflexions et recommandations issues du groupe de travail.

Encourager la parité

« On s’est dit : “À quoi bon lancer un nouveau répertoire spécifique au Québec, alors qu’il y a déjà de nombreuses musiciennes et professionnelles de l’industrie québécoise qui travaillent un peu partout au Canada ?” » explique Vanessa Blais-Tremblay, professeure de musicologie à l’UQAM et directrice scientifique du réseau DIG ! « Nous avons donc fait le pont entre le projet lancé par Femmes en musique et la section montréalaise de Women in Music Canada, qui a obtenu une subvention de Musicaction pour développer un répertoire en français. » 

« L’objectif était de créer un outil concret permettant d’encourager la parité et d’améliorer la représentativité des femmes dans toutes les sphères du secteur musical, qu’il s’agisse de la scène ou des coulisses. »


VANESSA BLAIS-TREMBLAY

La version francophone de ce bottin féminin a été favorablement accueillie par ses premières utilisatrices. « Beaucoup de musiciennes au Québec en avaient assez d’entendre toujours les mêmes refrains : “On voudrait bien une femme saxophoniste, mais il n’y en a pas” ou encore “Des femmes qui jouent de la basse, ça n’existe pas !” Ce qui est complètement faux », explique Vanessa Blais-Tremblay. De fait, le répertoire a permis de rendre visible une réalité trop souvent occultée, en mettant sous les projecteurs des femmes qui travaillent dans la musique à tous les niveaux. On y trouve autant des bassistes que des techniciennes du son, des gérantes ou des productrices.

Des préjugés à la peau dure

Facilement accessible en ligne, le répertoire francophone de Women in Music Canada est un outil précieux pour les festivals, les radios et les organisations ayant adopté une politique d’équité, de diversité et d’inclusion, leur offrant un moyen concret de repérer et de soutenir des talents souvent invisibilisés. « C’est […] un instrument supplémentaire pour faciliter leur travail et appuyer leurs initiatives », souligne la directrice du réseau DIG ! « Ce que j’observe le plus, chez celles et ceux qui suivent nos actions de près, c’est une réelle volonté de bien faire. Beaucoup cherchent à comprendre comment favoriser l’inclusion des femmes et ont besoin d’outils et de ressources pour y parvenir de manière rigoureuse et réfléchie. »

Il reste néanmoins encore du travail à faire au Québec pour mettre fin aux vieilles habitudes. « Quand on parle de représentativité dans les festivals d’été, lorsqu’on compile les têtes d’affiche, on constate que la majorité des événements sont encore hors de la zone paritaire, déplore Vanessa Blais-Tremblay. Il y a beaucoup de freins inconscients qui entrent en jeu, des habitudes comme des préjugés qui continuent d’être actifs. Pour aller au-delà de ces habitudes-là, ça prend du temps, ça prend de la recherche, et ça prend des ressources humaines comme financières. Dans ce contexte, il est essentiel de pouvoir mettre en commun des expertises de recherche avec des expertises de terrain, comme on le fait au sein de DIG ! »

Au Département de musique de l’UQAM, près de 300 étudiantes et étudiants aux 3 cycles orchestrent leur avenir par l’acquisition des meilleures notions qui soient, prodiguées avec grande expertise par un corps professoral dévoué et connecté au milieu. Au programme : musique populaire et classique, enseignement, études et pratiques des arts, musique de film.

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