David Bowie : 10 ans d’absence, mais pas de silence

Le professeur et musicologue Danick Trottier est passé en entrevue pour cet article écrit par Fanny Bourel publié sur le site de Radio-Canada le 10 janvier 2026.

Lire l'article sur le site de Radio-Canada : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2219742/david-bowie-mort-10-an

Le 10 janvier 2016 nous quittait David Bowie, emporté par un cancer deux jours après son 69e anniversaire et après le lancement de son ultime album, Blackstar. Dix ans plus tard, son influence continue de se faire sentir et plusieurs nouveaux films, livres et projets culturels font rayonner sa singularité et son génie.

En 50 ans de carrière, David Bowie, qui fut aussi acteur et peintre, a enregistré 26 albums studio, écoulant plus de 140 millions de disques et se renouvelant constamment. Que retenir de l’immense artiste qu’il a été?

Son originalité, son audace, sa grande indépendance artistique, doublée d’une compréhension de ce qu’est un artiste dans la société, et un sens incroyable du timing, de la musicalité et de la sensibilité artistique, résume Danick Trottier.

Ce professeur de musicologie à l’UQAM, spécialiste des musiques du XXe et du XXIe siècle, est un grand admirateur de David Bowie. Ce légendaire artiste est au programme des cours d’étude de la musique populaire qu’il donne.

J’ai toujours dans ma classe un petit noyau de fans de David Bowie et, avec les années, ce noyau devient de plus en plus important. Souvent, il y en a qui me disent : "On veut entendre parler de David Bowie, c’est un personnage qui nous fascine", explique-t-il.

Il avait compris ce qui s’en venait

Au fil de sa carrière, cet artiste britannique n’a cessé de se réinventer, passant de son rock folk des années 1960 au glam rock avec l'album mythique The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars (1972). Il a ensuite fait dans la soul funk avec l’album Young Americans, en 1975, avant que sa trilogie berlinoise Low"Heroes" et Lodger ne signe l’entrée d’une musique plus électronique dans son œuvre.

En 1980, son 14e album studio, Scary Monsters (and Super Creeps), marque une transition vers la dance music qui va faire le succès phénoménal de son album Let’s Dance en 1983.

Dans les années 1990, l’œuvre de David Bowie se fait plus éclectique et même expérimentale jusqu’à Blackstar, imaginé alors qu’il se savait malade.

Ces multiples revirements musicaux ont été interprétés par certains comme la preuve d’un certain opportunisme.

La critique était très dure envers lui, alors qu’aujourd’hui, on est tellement habitués à ces transformations stylistiques! Il n’y a qu’à regarder l’évolution de Taylor Swift, de Kendrick Lamar ou encore de Tyler, The Creator… Bowie annonçait ça, souligne Danick Trottier.

Quand on regarde dans le rétroviseur, on se dit qu’il avait compris ce qui s’en venait, ajoute-t-il. Il était à l’avant-garde.

David Bowie a également été précurseur en matière de mise en scène, faisant de ses concerts des spectacles d’envergure avec une scénographie élaborée, des costumes spectaculaires, des personnages et des jeux de lumière grandioses.

Avant lui, le concert, c’était plus une setlist [une liste de chansons], c’était principalement de la musique. Avec Lou Reed et T. Rex, [Bowie] va être un des premiers à définir ses concerts comme des shows, précise le professeur.

La contribution artistique de David Bowie ne s’est pas limitée à la musique : l’homme était également acteur – il a notamment joué dans Labyrinth, un film de Jim Henson devenu culte – et peintre.

Rares sont ceux comme Bowie qui ont excellé dans plus d’un art, autant en musique qu’en peinture et au cinéma, en chorégraphie, en danse, en art vidéo. Il a annoncé le genre d’artistes multidisciplinaires que nous avons aujourd’hui.

- Danick Trottier, professeur de musicologie à l’UQAM

Continuer à faire vivre son œuvre

Toutefois, si l’influence de David Bowie continue de se faire sentir, sa musique résonne-t-elle suffisamment dans les oreilles de la jeune génération? Dans un article publié vendredi, le quotidien britannique The Guardian note que l’héritage musical de cet artiste s’efface progressivement, par manque de renouvellement de son public.

Selon ce quotidien, David Bowie est écouté, en moyenne, par 22 millions de personnes par mois, moins que d’autres talentueux artistes décédés comme John Lennon, Bob Marley ou Elvis Presley.

Et seulement une chanson – Under Pressure, chantée par David Bowie et Queen en 1981 – s’est glissée parmi la liste des chansons qui ont cumulé plus d’un milliard d’écoutes sur Spotify.

Certes, la chanson "Heroes" a été choisie pour clôturer le dernier épisode de la très attendue dernière saison de la série Stranger Things, qui s’est achevée le 31 décembre, mais sa diffusion n’a pas entraîné la même explosion d’écoutes sur Spotify que l’utilisation de Running Up That Hill, chantée par Kate Bush en 1985, dans un épisode de la quatrième saison de cette série, en 2022.

Dans son article, The Guardian explique notamment que l’intérêt pour les albums de David Bowie est entretenu par la sortie de coûteux coffrets, susceptibles de séduire davantage les amateurs d’un certain âge que les jeunes.

Nouveaux disques, nouveaux documentaires et nouveaux livres

Pour continuer à perpétuer le riche héritage de ce chanteur et musicien, le David Bowie Centre a ouvert ses portes, en septembre dernier, au Victoria and Albert Museum, à Londres. Le public peut y découvrir environ 90 000 pièces d’archives, par exemple des costumes ou des instruments lui ayant appartenu.

À l’occasion du 10e anniversaire du décès de David Bowie, de nombreux projets artistiques ont vu le jour.

Pour ses 50 ans, l’album chef-d’œuvre Station to Station fait l’objet, ce mois-ci, d’une réédition en vinyle. 

Un documentaire, Bowie: The Final Act, de Jonathan Stiasny, est sorti dans les cinémas britanniques en décembre. Offert sur la plateforme Apple TV, il revient, à partir de témoignages, d’archives et d’analyses, sur la toute fin de la carrière de l’artiste, une période de résurrection pour David Bowie, selon Jonathan Stiasn.

La BBC prépare pour l’automne prochain le documentaire Bowie in Berlin pour marquer les 50 ans de l’arrivée de cet artiste dans la ville allemande qui lui a inspiré ses albums Low"Heroes" et Lodger.

À noter que le nouveau film musical Hommage à David Bowie – Heroes Never Die, dans lequel des artistes comme Pete Doherty et Carl Barât, des Libertines, reprennent Rock'N'Roll SuicideLet’s Dance ou encore Starman, est disponible sur le site arte.tv.

Côté livres, la bande dessinée Starman : quand Ziggy éclipsa Bowie est arrivée en librairie cet automne. Écrite par Reinhard Kleist, elle raconte le retour à soi, à Berlin, de David Bowie après s’être confondu avec son personnage Ziggy Stardust.

Deux ouvrages photographiques consacrés à David Bowie ont également été publiés cet automne. Bowie, hors cadre réunit 150 clichés captés sur trois décennies dans les coulisses de concerts de l’artiste ou dans son intimité par le photographe Philippe Auliac, qui a immortalisé plusieurs légendes de la musique comme Mick Jagger, Paul McCartney et Bob Dylan.

Collaboration: Frank Ockenfels 3 X David Bowie: Photographs propose des photos, pour certaines inédites, issues de la collaboration, entre 1991 et 2006, du musicien avec le photographe américain Frank Ockenfels III, spécialiste des portraits de célébrités.

Pour faire découvrir David Bowie aux enfants, le livre jeunesse David Bowie, de Maud Berthomier et Magali Le Huche, se plonge dans la vie de cette légende du rock.

Sa maison d’enfance bientôt ouverte au public

Jeudi, le Heritage of London Trust a annoncé le rachat de la maison d'enfance de David Bowie dans la banlieue sud de Londres.

Cet organisme à but non lucratif compte restaurer cette maison dans laquelle le musicien a vécu de ses huit ans à ses 20 ans et l'ouvrir au public en 2027.

Les visiteurs pourront notamment explorer la chambre dans laquelle la future vedette passait beaucoup de temps entre ses livres et ses disques, un endroit où une étincelle s'est transformée en flamme, selon le communiqué du Heritage of London Trust.

Sur le site de ce projet intitulé Bowie House, George Underwood, un ami d’enfance, explique que c’est dans cette maison que les deux amis écoutaient et jouaient beaucoup de musique ensemble.

J’ai entendu beaucoup de gens dire que la musique de David les avait sauvés ou avait changé leur vie, dit-il. C’est incroyable qu’il ait réussi cela et encore plus incroyable que tout ait commencé ici, dans cette maison, à partir de si peu de choses. Nous étions des rêveurs, et regardez où il en est arrivé.

Crédit photo : Getty Images / Jo Hale- David Bowie lors d'un concert en 2004.

Au Département de musique de l’UQAM, près de 300 étudiantes et étudiants aux 3 cycles orchestrent leur avenir par l’acquisition des meilleures notions qui soient, prodiguées avec grande expertise par un corps professoral dévoué et connecté au milieu. Au programme : musique populaire et classique, enseignement, études et pratiques des arts, musique de film.

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